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Vignette document L'intervention ergonomique dans le cadre de la Qualité de Vie au Travail : conception et évaluation d'un espace de discussion sur le travail centré sur les émotions

L'intervention ergonomique dans le cadre de la Qualité de Vie au Travail : conception et évaluation d'un espace de discussion sur le travail centré sur les émotions

Thèse
Contient : 271 pages

La QVT s’est instituée en France par l’ANI signé le 19 juin 2013. Le concept n’est toujours pas défini scientifiquement, néanmoins, l’ANACT cherche à le rendre opérationnel au moyen d’une démarche caractérisée par la prise en compte des subjectivités au travail et sa mise en discussion entre tous les niveaux d’acteurs de l’entreprise. Puisque l’objectif poursuivi est de décider de manière participative les actions à mettre en œuvre pour l’amélioration de la santé, du bien-être et de la performance au travail, le déploiement de cette démarche devrait pouvoir s’appuyer sur les travaux de l’ergonomie de l’activité. Notamment, sur les recherches qui intègrent l’analyse des émotions au travail à la démarche d’intervention ergonomique classique. En effet, à une époque où le travail s’organise pour produire des services, les relations travailleurs-bénéficiaires sont caractérisées par un travail émotionnel qui impacte la santé, le bien-être et la performance au travail. De plus, les émotions sont essentiellement subjectives, leur identification et leur expression guident nos comportements et nos décisions. Dans ce contexte, la première étude de cette thèse cherchera à décrire les méthodologies de l’intervention ergonomique intégrant la prise en compte des émotions en vue de déployer la QVT. La deuxième étude de cette thèse complètera les résultats de la revue au moyen d’une enquête par questionnaire sur les acteurs et les pratiques de la QVT au regard de la démarche QVT de l’ANACT qui parait sous-utilisée. Les facteurs qui pourraient expliquer cette sous-utilisation seront également étudiés par le questionnaire. La troisième et la quatrième étude de cette thèse seront consacrées au déploiement d’une intervention ergonomique que nous avons conçue sur la base de la démarche QVT de l’ANACT et à laquelle nous avons intégré la prise en compte des émotions au travail. Plus précisément cette intervention est une formation-action à l’analyse et à la transformation de l’activité structurée par plusieurs sessions d’espaces de discussion sur le travail (EDD) dont l’ingénierie est centrée sur les émotions. Enfin, la dernière étude de la thèse met à l’épreuve de l’expérimentation la relation de cause à effet entre expression des émotions au travail et prise de décision. L’apport majeur de cette thèse est une proposition de démarche d’intervention ergonomique renouvelée en ergonomie de l’activité se prêtant à accompagner en partie les objectifs de la QVT. L’intervention permet aux participants d’exprimer leur vécu au travail et leurs propositions de solutions. Elle semble améliorer le capital psychologique (efficacité, espoir et résilience), modifier le pouvoir d’agir (sentiment d’efficacité personnelle ou SEP) et ne pas avoir d’effet sur la performance au travail mesurée par l’intention de départ des participants. La diminution du SEP permet de discuter les précautions à prendre avant de mener des EDD en entreprise. En effet, si l’expression des salariés à leur instances hiérarchiques supérieures reste sans réponse, la croyance en leur capacité à pouvoir agir peut-être affectée à long terme. Par conséquent, avant de mener son intervention, l’intervenant doit s’assurer de l’engagement des directions à argumenter leur prise de décision à l’issue des EDD, sans quoi ce dernier se devrait de refuser l’intervention. Les limites de cette thèse sont principalement méthodologiques puisque les méthodes de recherche choisies pour mener nos études ne nous ont pas véritablement permis de vérifier l’hypothèse générale selon laquelle intégrer la prise en compte des émotions à l’intervention ergonomique la rendait efficace dans le cadre de la QVT. L’ensemble des travaux et des réflexions issues de cette thèse constituent alors une proposition pour tout intervenant ou chercheur s’intéressant à la mise en discussion du vécu subjectif du travail et ses conséquences sur le pouvoir d’agir, la santé, le bien-être et la performance au travail.