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IA, robotique, automatisation : quelles évolutions pour l’activité humaine ?

Article
ACTIVITES - REVUE ELECTRONIQUE (Revue)
2020
Contient : Vol 17, n1

Le lecteur pourra lire trois textes issus de la journée d’étude organisée en mai 2018 sur le thème « IA, robotique, automatisation : quelles évolutions pour l’activité humaine ? »

Moustafa Zouinar
Évolutions de l’Intelligence Artificielle : quels enjeux pour l’activité humaine et la relation Humain?Machine au travail ? [Texte intégral]
Depuis quelques années, l’Intelligence Artificielle (IA) connaît un regain d’intérêt sans précédent grâce à d’importantes avancées technologiques, notamment dans le domaine de l’apprentissage machine (machine learning), qui étendent les capacités des ordinateurs et accroissent leurs performances dans un grand nombre de domaines (traitement du langage, compréhension de la parole, reconnaissance d’images, robotique, etc.). Ces avancées ouvrent de vastes perspectives en termes d’innovation technologique et d’automatisation dans les situations de travail. Cet article s’intéresse aux questions et enjeux soulevés par ces évolutions concernant l’activité humaine au travail. Il montre que la majorité des questions soulevées ne sont pas nouvelles. Il s’agit en particulier des questions concernant les incidences de l’automatisation sur le travail, et la manière d’envisager la répartition du travail et la relation entre Humain et IA. Certaines questions qui ne sont pas nouvelles se posent avec plus d’acuité, c’est le cas d’une part de « l’explicabilité » des systèmes d’IA basés sur l’apprentissage et, d’autre part, des conséquences à plus long terme de cet apprentissage sur l’activité humaine. Enfin, de nouvelles questions émergent, comme celles qui concernent plus particulièrement le travail avec des machines intelligentes qui exhibent des caractères anthropomorphes.

Jean-Baptiste Haué, Sophie Le Bellu et Cécile Barbier
Le véhicule autonome : se désengager et se réengager dans la conduite [Texte intégral]
Avec l’arrivée du véhicule autonome, le conducteur sera amené à reprendre régulièrement la conduite d’un véhicule en déplacement et inséré dans un trafic. Ceci impliquera pour ce conducteur non seulement de reprendre le pilotage, mais aussi de se reconstruire une conscience de la situation adéquate (Situation Awareness - SA) pour évoluer en sécurité en étant capable d’anticiper les changements de trafic.
Lors d’une étude portant sur les temps de reprise en main, menée auprès de quinze utilisateurs, deux participants ont été confrontés à leurs traces d’activité lors d’épisodes de reprise en main de la conduite juste après avoir été fortement engagés dans une tâche de vie à bord. L’utilisation de la notion d’engagement développée dans le cadre du programme de recherche cours d’Action montre comment le réengagement dans la conduite se construit dynamiquement. Ces deux cas d’étude approfondie suggèrent qu’avec la pression temporelle, un conducteur novice risque d’être orienté en premier vers ce que l’environnement lui offre de plus immédiat, à savoir le pilotage du véhicule. La construction d’une conscience de la situation (SA) n’intervient que dans un second temps.
Ce moment de reprise en main et le changement radical d’orientation de l’activité qu’il implique offrent un terrain privilégié pour observer cet aspect dynamique de l’engagement. L’articulation des notions issues de la cognition située dresse un panorama des dynamiques de réengagement du couplage dans la conduite. Une typologie des processus de réengagement en est issue pour offrir des recommandations pour la conception.

Flore Barcellini
Quelles conceptions de la coopération humains?robots collaboratifs ? [Texte intégral]
Une expérience de participation au projet de conception d’un démonstrateur de robotique collaborative
Cet article relate une expérience de participation de chercheures en ergonomie à un projet de recherche de développement d’un démonstrateur de robotique collaborative. Cette contribution empirique est mise en perspective avec des éléments théoriques portant sur les modèles de la coopération dans un système travailleur-robot et la conduite de projet de conception en ergonomie de l’activité. Sur cette base, nous discutons : (1) du modèle de la coopération effectivement réifiée dans le démonstrateur, qui en l’état des développements technologiques incorpore plus un modèle de coordination et non de coopération, en ce sens qu’il ne permet pas de gérer de manière dynamique l’interdépendance entre les tâches du travailleur et du robot ; (2) des apports et limites de la double conduite de projet mise en place (au sein du consortium de recherche et d’une usine). Nous soulignons que la présence de chercheures en ergonomie de l’activité au sein du projet de recherche s’est révélée être une condition nécessaire à la conception d’une technologie potentiellement « préservante » pour la santé et la performance, mais elle n’a en aucun cas été suffisante, car elle n’a pas permis de construite le futur usage socio-organisationnel de la technologie. Ceci appelle des perspectives de recherche permettant de poursuivre ces travaux en s’intéressant de plus près aux processus décisionnels relatifs aux transitions vers une « Industrie du futur » et à leurs accompagnements, dans des perspectives politiques et historico-culturel.