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Vignette document Travailler plus ! (dossier)

Ce corpus s’intéresse aux durées élevées de travail et en interroge les mécanismes sous-jacents.
Au-delà des débats sur la mesure du temps de travail, les auteurs européens se sont longtemps focalisés sur la réduction du temps de travail, en particulier en France autour des 35 heures. Les travailleurs peuvent avoir l’impression d’une intensification du travail ou d’une exigence managériale croissante de disponibilité temporelle, impression qui peut être liée à la déstandardisation des semaines de travail et à l’augmentation des temps de travail atypiques, décalés, irréguliers.
Pour comprendre ce que « travailler plus » veut dire, les contributeurs de ce dossier interrogent les dérégulations temporelles, la flexibilisation du travail, et les remodelages en cours à partir des réformes du Code du travail. Comment les collectifs de travail se structurent-ils quand le cadre temporel commun se relâche ? Sont-ils en mesure de réagir à l’injonction de « travailler plus » ? L’affaiblissement des protections collectives semble également favoriser le modèle de l’employabilité en reportant les décisions sur l’individu sommé d’adapter ses horaires aux demandes de l’entreprise, de se rendre disponible, de moduler son temps de travail. La capacité à « travailler plus », l’apprentissage du changement, la culture du résultat, l’intégration de la logique de l’urgence, etc., ne renvoient-ils pas à une dimension temporelle de l’employabilité attendue dans le régime contemporain de mobilisation de la force de travail ? Quels sont les effets de ce nouveau régime temporel sur le travail et les conditions de travail ? La qualité de vie et l’articulation des temps sociaux sont également en jeu : le recadrage du travail par d’autres activités jugées importantes n’est-il pas plus difficile et le sentiment de manquer de temps au quotidien n’est-il pas plus prégnant ? Quid alors du développement d’un véritable « temps choisi » supposant la possibilité pour le salarié de déterminer de manière autonome la durée et l’aménagement de son travail ? La question est posée de savoir comment les situations d’allongement des durées du travail, qui semblent de moins en moins négociées, s’articulent à la tendance, à l’oeuvre depuis plusieurs décennies, d’une flexibilisation des temps de travail et du recul d’une certaine concordance des temps dans la société.

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