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La dépression, du mal-être à la maladie

Article
Bulletin épidémiologique hebdomadaire
10/2018
Contient : p. 635-661 ; n32-33

Extrait "Le terme d’« épisode dépressif caractérisé » (EDC) a supplanté celui de « dépression » dans les sciences biomédicales et la pratique clinique.
L’EDC, mesuré par l’Organisation mondiale de la santé, c’est, en 2015, 300 millions de personnes dans le monde, représentant 4,3% de la charge de morbidité. Depuis 2005, en France, l’EDC est un indicateur régulièrement pris en compte dans les enquêtes du Baromètre santé. Utilisant la même méthodologie pour le mesurer depuis 12 ans, le Baromètre est la seule étude européenne pouvant présenter des résultats comparables sur une durée aussi longue.
Deux articles de ce numéro du BEH en présentent les résultats de 2017 pour l’EDC. C. Léon et coll. décrivent les résultats de préva-lence de l’EDC sur les 12 derniers mois en population générale, en 2017. Ce sont 9,8% des 18-75 ans qui ont été touchés, soit une augmentation de 1,8 points depuis 2010. Le trouble est plus prévalent chez les femmes (13%), avec une augmentation de 2,7 points depuis 2010, et les moins de 45 ans (11,5%). Ce sont particulièrement les 35-44 ans qui supportent l’augmentation de la prévalence (+4,4 points). La prévalence du trouble chez les étudiants a augmenté de 4 points entre 2005 et 2017.
Les personnes aux plus faibles revenus sont les plus exposées, avec une augmentation de 3 points entre 2010 et 2017. En concordance avec les études internationales, ce sont donc le sexe féminin, l’inactivité professionnelle, le faible niveau de revenus, les ruptures conjugales et l’âge inférieur à 45 ans qui sont positivement liés à la survenue d’un EDC dans l’année.
Chez les actifs occupés, étudiés par V. Gigonzac et coll., la prévalence sur les 12 derniers mois est de 8,2% en 2017, avec une prévalence féminine encore deux fois plus élevée (11,4% vs5,3%). Il est intéressant de constater que, pour les femmes, la prévalence est identique quel que soit l’âge, le secteur d’activité ou la catégorie socioprofessionnelle.
En revanche pour les hommes, avoir moins de 45 ans ainsi que travailler dans certains secteurs (hébergement, restauration, finance ou assurance, arts et spectacles) est significativement associé à des prévalences plus élevées du trouble. En outre, avoir eu un EDC au cours des 12 derniers mois était positivement associé à plusieurs risques psychosociaux liés au travail, comme avoir été victime de menaces verbales, d’humiliations ou d’intimidation, avoir été frappé ou blessé physiquement ou avoir eu peur de perdre son emploi. Ce lien entre travail et trouble psychique est un chantier scientifique, social et politique encore largement sous-investi.
En regard de ces deux articles sur la dépression, C. Chan Chee et coll. décrivent le poids des troubles anxieux, dans la consommation de soins psychiatriques, avec plus d’1,3 million de personnes suivies entre 2010 et 2014. Une jeune fille de 15-19 ans sur 100 a été prise en charge pour trouble anxieux dans un établissement psychiatrique, ce qui
ne manque pas d’interroger sur les trajectoires des personnes touchées aussi jeunes par la maladie.
Dans une perspective de santé publique, les troubles dépressifs sont indéniablement un fardeau, du fait de leur forte prévalence (notamment chez les jeunes) et de leurs coûts indirects (liés aux arrêts maladie et à la désinsertion notamment) bien plus que de la consommation de soins qu’ils impliquent".