HERVE, Michel. Le pouvoir au-delà du pouvoir, l'exigence de démocratie dans toute organisation.
EDITIONS FRANCOIS BOURIN, 01/2012, 506 pages
«Un autre gouvernement des entreprises est dès à présent possible, mais aussi, sans nul doute, souhaitable, tant d'un point de vue humaniste que d'un point de vue économique», écrivent l'entrepreneur Michel Hervé et le philosophe Thibaud Brière. Les deux auteurs analysent, tout au long de cet ouvrage, les racines et les mécanismes de l'entreprise traditionnelle, fondée sur l'autoritarisme hiérarchique et mise à mal par les nouveaux processus de l'entreprise 2.0, reposant sur l'intraprenariat, la déhiérarchisation du pouvoir et l'organisation en réseaux. Les deux auteurs consacrent la première partie de l'ouvrage à une relecture de l'histoire du capitalisme. L'époque actuelle apparaît dédiée au capitalisme de la marque où dominent la figure du communicant et le faire savoir. Face à un contexte marqué par l'incertitude économique, ce capitalisme a cependant fait son temps. Il doit laisser place à un capitalisme humain, de l'adaptation où priment la figure de l'entrepreneur et le savoir-être. «Dans une économie de l'adaptation, il ne suffit plus, pour être concurrentiel, de s'approprier des innovations – que ce soit grâce à des consultants extérieurs ou à un département interne exclusivement dédié à cette fonction –, mais d'être soi-même innovant, expliquent les deux auteurs. Les entreprises doivent, pour croître dans un environnement lui-même innovant, en perpétuel renouvellement, devenir structurellement innovantes, en faisant de chaque salarié un innovateur, “pour produire de l'innovation comme elles respirent”.» Après avoir passé en revue les défis de cette organisation 2.0 tournée vers l'innovation et les freins qu'elle rencontre, Michel Hervé et Thibaud Brière abordent dans une deuxième partie la question du management participatif, première condition pour que chaque salarié se sente libre d'innover et pour en même temps développer une culture de la coopération. Pour eux, le principe même du managements à revoir. « […] il ne peut plus consister à “obtenir des gens qu'ils fassent ce que l'on souhaiterait qu'ils fassent”, écrivent-ils. Dans un environnement coopératif et participatif en effet “manager” consiste plutôt à créer les conditions pour que les gens fassent ce qu'ils souhaitent vraiment faire, par-delà leur opinion première, les pressions qu'ils peuvent subir, le bâton qu'ils peuvent redouter ou la carotte qui peut les rendre fous.» Une telle "révolution" passe par la libération du pouvoir de création de chacun, au-delà des fonctionnements classiques de domination exercés par quelqu'une seulement.