Comment le Covid a bouleversé le monde du travail ? La pandémie a changé ma vie professionnelle

Alors que la cinquième vague de Covid frappe l’Hexagone, le magazine Dialogue citoyen diffusé sur Public Sénat le 30 octobre 2021, part à la rencontre de six citoyens (dirigeants de TPE et PME, DRH, salariées, travailleuse indépendante) de différentes régions et de secteurs différents afin de savoir comment ils ont traversé la première crise du Covid, connaître leur nouveau rapport au travail, leurs préoccupations. Jérôme Bascher, Sénateur (LR) de l'Oise, Sophie Taillié-Polian, Sénatrice (Groupe écologiste) du Val-de-Marne, Ludovic Haye, Sénateur (La République en Marche) du Haut-Rhin prennent part au débat.

"Nous avons choisi de changer de vie"

C'est ce qu'a fait Charlotte Gauge, cadre supérieure dans un grand groupe de cosmétique en quittant Paris et en allant s'installer avec sa famille à Aix-en-Provence. Couplé à un projet de changement de vie et de région, le télétravail (2 jours par semaine) lui offre la possibilité de maintenir et garder son emploi à Paris, tout en vivant maintenant en région PACA. Sophie Bridot, autrefois membre au comité de direction d’une agence de pub dans la capitale en a fait tout autant. Le besoin de redonner du sens à sa vie, la liberté de gérer différemment son temps l'ont incité à franchir le pas, en suivant une formation pour devenir sophrologue et en décidant d'emménager à Honfleur. Comme le soulignent la sénatrice Sophie Taillié-Polian et le sénateur Jérôme Bascher , un tel changement est un projet complexe qui suppose  une mobilité familiale, un certain niveau de revenu et les infrastructures nécessaires pour les déplacements domicile-travail.

Depuis plus de quarante ans, la métropolisation est le modèle dominant avec la concentration des populations et des activités dans les grandes villes. Le télétravail apparaît comme un levier prometteur d'aménagement ou de réaménagement du territoire. La tendance se confirme, Alexis Berthel, DRH du groupe Panthera et président ANDRH Savoie Mont-Blanc observe un vrai changement de comportement des salariés. Lors des entretiens d'embauche, les candidats notamment les jeunes n'hésitent plus à refuser des postes non "télétravaillables". Or, un des objectifs du télétravail pour le manager, est de maintenir la cohésion d'équipe et la performance de l'entreprise. Selon le sénateur Ludovic Haye, le télétravail doit rester une facilité non pas une finalité. "Il faut prendre cette évolution avec prudence, faire ses preuves dans l'entreprise au préalable avant de pouvoir justifier d'un travail exclusivement à domicile".  Le télétravail repose sur une relation de confiance mutuelle entre l'employeur et le salarié. Pour les activités qui le permettent, il doit être proposé dans un cadre qui fixe les règles d'usage ( charte, accord d'entreprise, texte juridique).

Cette révolution du monde du travail est-elle possible pour tous ?

Si la pratique du télétravail s'est démocratisée ces dernières années et accélérée pendant la crise sanitaire, certains secteurs comme l'aide à domicile restent à la marge. Charlène Simonin, auxillière de vie à domicile à Saint-Laurent-du-Cros dans les Hautes-Alpes, ne se sent pas concernée par l'évolution en cours. Le télétravail n'est pas possible. Ses journées sont rythmées par les visites à domicile et de nombreux trajets quotidiens. Son salaire mensuel varie entre 900 et 1000 euros en fonction des heures effectuées. Sa préoccupation chaque mois est de savoir comment elle va boucler ses fins de mois.

Avec le redémarrage de l'activité, la levée progressive des contraintes sanitaires, les difficultés de recrutement se sont accrues dans la restauration. Beaucoup de salariés ont quitté la profession pour exercer un autre métier "Le recrutement est actuellement en panne sèche" précise Michel Hermet, à la tête d'un restaurant à Nimes, et d'une équipe de 12 salariés . "Le problème dont souffre la profession est la compétence que l'on ne trouve pas dans nos métiers". La question de la fidélisation et de formation est un vrai sujet. L'hôtellerie-restauration et les services à la personne font partie des secteurs pour lesquels les métiers sont en tension car, jugés trop pénibles par les salariés .

Des entreprises vont plus loin en matière d'innovation sociale, LDLC leader du e-commerce et high tech en est la démonstration. En janvier 2021, les salariés sont passés à la semaine de 4 jours sans baisse de salaire. Comme le rappelle son directeur Olivier de la Clairgerie, "la volonté derrière tout cela est le bien-être au travail".

Mettre les acteurs autour de la table

L'évolution des modes d'organisation du travail tel que le télétravail représente d'énormes enjeux à la fois pour les entreprises, les salariés et les régions. Pourquoi ne pourrait-on pas, comme c'est le cas pour l'emploi, organiser des assises du "télé-travail" ainsi que le suggère un sénateur, afin de réfléchir collectivement avec les acteurs concernés - politiques, économiques, sociaux, entreprises, etc. - à la mise en place d'actions concrètes permettant de relever les défis de demain sans pour autant creuser les inégalités ?

La référence bibliographique