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Vignette document Le  corps ouvrier au travail

Cet article traite sous un angle peu habituel la question des conditions de travail dans le monde ouvrier. L'auteur propose une approche sociologique du travail à partir du corps. S'appuyant sur des récits, des témoignages ou autobiographies d'ouvriers publiés au cours du XXème siècle et jusqu'aux années 2000, l'auteur a étudié et analysé les perceptions et l'expression des ouvriers. Il identifie six thèmes émergents caractérisant la place du corps dans le travail. La force est un premier élément marquant dans de nombreux secteurs d'activités : la mine, les ports, les usines etc. Elle est associée à la dépense physique qui caractérise le travail ouvrier. Mais l'effort n'est pas dissociable de la dextérité et de l'agilité. Le savoir-faire de l'ouvrier n'existe pas seulement dans l'usage des machines. Il est également présent dans la précision du geste, la perception qui rend expert le maniement de l'outil. A cela s'ajoute la parfaite connaissance de l'environnement de travail: les bruits de la mine, de la chaîne de montage, de la machine? La référence à la force physique fonde une représentation virile du corps (que l'auteur qualifie de « virilisme ») qui a longtemps prévalu comme norme dans le monde ouvrier, à travers les récits et dans l'iconographie. On retrouve également cette notion dans les récits des luttes ouvrières où l'on pointe la bravoure des ouvriers face aux forces de l'ordre lors des conflits sociaux dans les années 70. Ce « virilisme » a eu tendance à minorer les travaux de force réalisés par les femmes. Pourtant leurs témoignages donnent à voir des efforts répétés et, pour la première partie du XXème siècle, le plus souvent sans soutien mécanique. Même s'il apparaît moins spectaculaire, leur travail s'inscrit comme condition de réalisation du travail sur les chaînes de production, dans les activités de nettoyage, de rangement. Autre élément récurrent, la fatigue qui s'impose comme un thème essentiel dans la description du travail des ouvriers à toutes les époques et dans toutes les sortes d'activités. Aux fatigues associées aux gestes de force s'ajoute la fatigue physique et nerveuse de la répétition, notamment sur les chaînes de montage. Autre trait constant contenu dans les récits, le corps de l'ouvrier est marqué par son travail : par les fatigues mais également les accidents et les maladies professionnelles liées à l'environnement de travail. Des maux qui, comme le conclut l'auteur, restent d'actualité.

Contient :
pp. 151-169
Langue :
français
Notes :
Date de parution : 2014-09-01

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