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Rendre visibles les travailleurs invisibles ? Vers de nouveaux collectifs de travail en écologie

Article
Terrains et Travaux (Revue)
2011
Contient : p. 121-139 ; numéo 18

Dans le champ des science and technology studies (STS), plusieurs auteurs ont étudié le rôle des travailleurs invisibles. À partir de l’observation des modalités pratiques de division du travail, ils ont notamment montré l’importance du travail accompli par les techniciens et la manière dont il est rendu « transparent » (Shapin, 1989 ; Barley et Bechky, 1994). De même, la dévaluation du travail des femmes scientifiques a été soulignée (par exemple Oreskes, 1996 ; Pestre, 2006, chapitre V). Il est ainsi apparu que plusieurs catégories de personnes contribuent notablement à l’activité scientifique, sans figurer dans le compte rendu public qui en est fait, à hauteur du moins de leur participation. Comme celui de l’oeuvre d’art (Becker, 1982), le caractère éminemment collectif (Pontille, 2007) du travail scientifique demeure souvent relativement caché.
Cette contribution sera envisagée ici à partir de l’analyse des relations entre un laboratoire d’écologie et un conservatoire botanique national. La collaboration entre ces deux structures s’est nettement renforcée au cours des dernières années, dans le but notamment de constituer une base de données commune, nécessaire à l’amélioration des modèles élaborés par de jeunes écologues pour simuler l’évolution de la biodiversité dans un contexte de changement climatique. Le rapprochement initié a produit des effets sur les identités professionnelles des écologues et des botanistes : la constitution de la base de données en question a été l’occasion de renégocier les rôles professionnels des uns et des autres et de solder, provisoirement peut-être, la vieille dispute qui les opposait ? notamment liée au sentiment des botanistes d’être relégués au rang de « travailleurs invisibles » par les chercheurs. Des enseignements généraux peuvent être tirés de ce cas quant à l’évolution des rapports entre laboratoires de recherche en écologie et organismes producteurs de données, sous l’influence du « renouveau de l’écologie scientifique » (renouvellement des questions de recherche, essor de la modélisation et de la production de données à diverses échelles, nouvelles politiques scientifiques ciblant à la fois l’excellence académique et l’utilité sociale). Le cas considéré permet par ailleurs de s’interroger sur la manière d’étudier l’écologie comme science.