Vive le travail !

Marianne Lère, dans ce documentaire en deux parties, dresse huit portraits de travailleurs européens qui illustrent l'évolution du travail, et de ses conditions. Chaque cas est commenté par différents chercheurs, sociologues, économistes ou philosophes qui mettent en perspective ces trajectoires individuelles.

 

 

"Vive le travail !" partie 1 un éternel combat et partie 2 Et l’humain dans tout ça ?,
de Marianne Lère, disponible sur Arte jusqu'au 23/10/2021 

 

 

La quête du sens comme facteur de satisfaction au travail

 

Une caractéristique marque les différents témoignages : les travailleurs présentés affirment être heureux dans ce qu’ils font. Cette satisfaction provient du sentiment d’utilité qu’ils tirent de leur activité.

La nécessité de trouver du sens dans son métier conduit les salariés à réfléchir à leur reconversion professionnelle. C'est le cas de Will, professeur vacataire dans une université anglaise, il a créé un think-tank Autonomy, qui questionne la place du travail aujourd'hui. Lise, elle, a quitté son emploi de chargée de mission agronome pour se lancer dans la culture de miscanthus, une graminée dont la culture a un haut potentiel écologique.

Le documentaire nous présente également Annie, Frank et Raphaël, travailleurs du care, qui trouvent leur utilité sociale dans la bienveillance et l’aide qu’ils peuvent prodiguer à autrui, à travers l’accompagnement, le conseil, ou encore l’animation.

 

 

Des métiers précaires et instables marqués par les discriminations

 

La question de la rémunération juste, qui serait adaptée à l’utilité sociale d’une profession est posée. Aide à domicile, Annie gagne à peine plus que le SMIC, quand Lise n’arrive pas encore à vivre de sa reconversion.

 

Christine décide quant à elle de quitter son ancien travail marqué par un machisme omniprésent, rendant difficile la conciliation entre vie professionnelle et un premier enfant. Cette discrimination par le genre a été pour elle la cause d'une dépression, qui a débouché sur une reconversion dans un organisme plus flexible, lui permettant de travailler à temps partiel sans pour autant en être pénalisée par rapport à ses collègues à temps plein.

 

Vincent accumule les CDD en tant qu’assistant d’éducation. Cependant la loi contraint l’employeur à titulariser les employés au bout de 6 ans de CDD, ce qui, généralement, débouche sur le non-renouvellement du contrat. Vincent, Christine, Lise et Annie sont autant d’exemples concrets des difficultés de l’emploi. Chaque profil porte en lui le paradoxe de la satisfaction et de la fragilité de la situation professionnelle, posant la question de la reconnaissance des travailleurs.

 

 

Se mobiliser dans l’intérêt de l’humain

 

Henry a constitué le syndicat des travailleurs indépendants de Grande-Bretagne en réponse aux injustices dont peuvent faire preuve les employeurs auprès des sous-traitants et travailleurs à la tâche, souvent émigrés : modification des contrats, salaires impayés, etc.

L'occasion pour Thomas Coutrot, économiste, de rebondir sur l’émergence du "taylorisme informatique" et de faire le parallèle entre la perte d’autonomie des salariés et la capacité à se mobiliser : faire comprendre aux employés qu’ils pouvaient agir collectivement fût très difficile pour Henry.

 

Directeur d’un centre d’aide aux chômeurs à Berlin, Franck tente d’accompagner du mieux qu’il peut les personnes sans emploi. Selon lui, le problème n’est pas individuel mais structurel : la société ne fait pas de place aux exclus du travail.

 

Cette conception du travail en tant qu’espace d’intégration est confirmée par deux sociologues, Anke Hassel et Sarah Abdelnour, qui saluent les métiers du social comme celui de Franck. Essentiels, ils participent selon Thomas Coutrot à la bonne santé de nos sociétés qui voient s’affronter « le monde des travailleurs et celui des affaires », de l’homme face au profit.

 

La documentaliste nous montre, au travers de ces portraits singuliers et commentés, les forces d'aliénation et d'émancipation à l'oeuvre dans le monde du travail.