Le sexisme au travail : origines et prévention

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Hérité de l’antiquité romaine, le sexisme est sorti du cercle familial pour investir d’autres sphères de la vie sociale et s’immiscer dans les entreprises. Le Code du travail condamne les agissements sexistes (article L1142-2-1). Malgré cette interdiction, le sexisme, difficile à appréhender persiste dans de nombreux secteurs. Cette sélection de quatre ouvrages propose des clés de lecture pour faciliter la compréhension et l’analyse du phénomène, de ses enjeux et de ses impacts. Voyage au cœur des fondements du sexisme et pistes de prévention.

Aux sources du sexisme contemporain

L’ouvrage Une histoire des sexualités dirigé par Sylvie Steinberg traite de l’histoire des sexualités européennes, françaises plus précisément depuis l’Antiquité gréco-romaine jusqu’au début du XXIe siècle. Depuis les premiers travaux sur l’histoire de comportements sexuels et sexués inspirés par Michel Foucault dans les années 70, le chantier de la sexualité s’est profondément renouvelé grâce aux apports de nombreu.x.ses chercheurs.es. Par rapport à ce renouvèlement disciplinaire et épistémologique, porté par l’histoire des femmes et celle du genre, ce récit invite désormais à s’approprier l’histoire des sexualités, la forme du pluriel étant fondamentale pour rendre en compte de la recherche et des réalités contemporaines. Cette réflexion historiographique souligne l’importance du contexte sociopolitique et culturel sur les comportements sexuels, et la façon dont il a influencé les identités sexuelles et sexuées.

 

L’emprise du patriarcat

La prégnance du modèle de  société fondé sur le patriarcat est à l’origine des inégalités femmes-hommes. Une des voies possibles est de marginaliser la posture de la virilité, selon l’historien Ivan Jablonka qui a publié Des hommes justes. Du patriarcat aux Nouvelles masculinités. Le programme réformiste visant à promouvoir ce qu’il nomme la « justice du genre » est destiné à s’exercer dans le cadre du pouvoir exécutif de l’entreprise, du couple, de la séduction ou de la famille au travers différentes formes de non-domination, de respect et d’égalité. Il invite à « réinvestir les masculinités dégradées, décalées, fragiles » et à être « du côté des faibles ». Cela n’exige pas seulement de la bonne volonté ou des efforts personnels mais aussi un engagement politique et une méthode destinée à « démasculiniser l’histoire et les sciences sociales ».

 

Les hôtesses d’accueil victimes de sexisme

Le sexisme au travail est présent dans de nombreux secteurs. Dans les services,  le métier d’hôtesse d’accueil, est particulièrement concerné. De la blague sexiste au harcèlement sexuel, une large palette d’attaques atteint ces professionnelles que l’on croise dans les salons ouverts au public, les congrès professionnels ou encore les manifestations sportives. Elles sont aussi présentes dans les halls des entreprises pour répondre au téléphone, accueillir et renseigner les visiteurs. À l’issue d’un vaste travail d’enquête qu’il a consigné dans l’ouvrage Jeunes et jolies et sous-traitées : les hôtesses d’accueil, Gabrielle Schülz, sociologue, met en évidence le paradoxe suivant : vitrine par excellence des entreprises pour lesquelles elles travaillent, dotées de compétences multiples, les hôtesses sont peu considérées et victimes de préjugés sexistes. Pour expliquer cet état de fait, G. Schülz montre que ce métier reste perçu comme une simple prolongation d’un travail domestique autrefois effectué par les filles de bonne famille.  Cela constitue un cadre peu propice à la reconnaissance des compétences professionnelles. À cela s’ajoutent les faibles salaires. Travailler pour une entreprise prestataire de services dévalorise encore davantage leur statut et les oblige à opérer des compromis permanents entre employeur de droit et client.

 

 

Mettre en place une politique de prévention

Le sexisme au travail représente une menace pour les femmes ; il les pénalise en les marginalisant et en les dévalorisant. Face à ce type de comportement, elles sont particulièrement démunies. « Les actions désormais engagées par les entreprises  en faveur de l’égalité professionnelle constituent un terreau favorable et nécessaire à l’éradication du sexisme. Mais cela n’est pas suffisant », comme le souligne Brigitte Grésy, experte des questions d’égalité, présidente du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes et auteure de l’ouvrage Le sexisme au travail, fin de la loi du silence ? Pour que ce soit véritablement efficace, cela passe par la mise en place d’une politique de prévention et de traitement du sexisme reposant sur l’interdiction, la sensibilisation, l’évaluation des situations et l’élimination des « biais sexistes de toutes les procédures de gestion de ressources humaines », aussi bien par le dialogue social que par la sanction en cas de dérive manifeste. Si l’égalité entre les hommes et les femmes progresse lentement, « ce n’est pas parce que les lois sur l’égalité professionnelle sont mal appliquées ou parce que les mesures de politiques publiques sont insuffisantes ou mal ciblées ». C’est surtout lié aux « mentalités collectives, engluées dans des stéréotypes de sexe qui neutralisent l’efficacité des outils disponibles et bloquent les acteurs ».